L’Algérie trace sa voie dans l’intelligence artificielle : vers une souveraineté numérique
Une ambition nationale structurée autour de l’IA :
Longtemps perçue comme un ensemble d’initiatives isolées, la stratégie de l’Algérie en matière d’intelligence artificielle (IA) prend aujourd’hui une tournure plus structurée. L’objectif national est clair : faire de l’IA un levier de croissance économique, capable de générer jusqu’à 7 % du PIB d’ici 2027.
Pour cela, le pays mise sur trois piliers fondamentaux :
- Une infrastructure matérielle de haut niveau
- L’usage stratégique de logiciels open source
- La mobilisation des talents nationaux et internationaux
Une puissance de calcul digne des grandes nations technologiques :
L’École nationale supérieure de l’intelligence artificielle (ENSIA), fleuron de cette stratégie, a été dotée de GPU ultra-performants comme les NVIDIA H100, L40S et A40. Ces cartes sont taillées pour l’entraînement des modèles de deep learning et permettent de :
- Développer des modèles de langage (LLM)
- Améliorer les systèmes de vision par ordinateur
- Renforcer les systèmes industriels prédictifs
� Le H100 basé sur l’architecture Hopper offre jusqu’à 3 958 TFLOPS, positionnant l’Algérie sur la carte des puissances IA émergentes.
L’open source : un choix stratégique pour l’indépendance technologique
Plutôt que de dépendre de solutions propriétaires, l’Algérie fait le pari de l’open source pour bâtir ses environnements IA. Cette approche permet :
- D’adapter les modèles aux réalités locales
- De faciliter la montée en compétence des jeunes chercheurs
- De garantir la souveraineté numérique
Le tout en assurant une compatibilité avec les standards internationaux, essentiel pour attirer les talents et favoriser la coopération.
Une diaspora scientifique mobilisée :
Le gouvernement capitalise également sur l’expertise de la diaspora algérienne à travers le monde. À titre d’exemple, la rencontre du 27 juillet 2025 entre le ministre de l’Enseignement supérieur Kamel Baddari et le Pr. Nourredine Melikchi (Université du Massachusetts) marque un tournant. Les discussions ont porté sur :
- Le transfert de technologies
- La modélisation avancée
- La création de programmes de recherche conjoints
Des cas d’usage concrets dans l’industrie algérienne :
L’IA dépasse aujourd’hui le cadre académique et se déploie dans plusieurs secteurs clés :
Énergie :
- Sonatrach recrute désormais des spécialistes en IA pour ses chaînes de production.
- Sonelgaz expérimente des capteurs intelligents intégrant des algorithmes IA pour la détection des fuites de gaz.
Agriculture :
- FarmAI, une start-up algérienne, utilise des drones et de l’IA pour détecter les maladies des cultures. Leur solution a été primée lors de la compétition internationale Tech 4 Good 2023 en Chine.
Vers une souveraineté numérique durable :
L’Algérie aligne progressivement toutes les briques d’une stratégie IA cohérente :
- Puissance de calcul locale
- Logiciels ouverts
- Intégration industrielle
- Partenariats scientifiques solides
Mais le défi principal reste la gouvernance. Structurer les données, former massivement les talents et mettre en place une coordination nationale agile sont les conditions pour faire de l’IA un vrai moteur de souveraineté numérique.